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Coronavirus : Santé ou Economie

Par Yves Buchsenschutz,
le jeudi 23 avril 2020

Lorsque le terrorisme a atteint son climax en France dans la tuerie de Charlie Hebdo, les Français, en tant que corps social, ont eu plusieurs réactions assez différentes. La première affichée haut et fort et digne de notre tradition altière et inconséquente, a été de dire que nous ne changerions rien à notre mode de vie pour ne pas donner raison à tous ces hystériques dont d’ailleurs nous n’osions pas, sous peine d’être traité de raciste, nommer ni la religion ni l’origine. Cette réaction, si l’on y réfléchit, est stupide puisqu’elle consiste à encourager d’éventuels admirateurs susceptibles de devenir imitateurs. Paradoxalement, nous semblons répéter cette attitude devant le Corona virus : ce n’est après tout qu’une grippe un peu plus forte… Cela va passer. À ce jour, non seulement les hôpitaux mais aussi les pompes funèbres sont saturés, et notre économie est à genoux.

La bonne réaction vis-à-vis du terrorisme

Face au terrorisme et en parallèle à notre affirmation de peuple courageux, mais en quasi-catimini, l’État, et surtout la police, se sont organisés de manière plus terre-à-terre pour essayer d’éviter la répétition de ce genre d’événement. Au passage, qu’on le veuille ou non, ils ont été obligés de réintégrer dans leur processus un certain nombre de pratiques (fichage, suivi, délit de faciès parfois, etc.) qui ont fait plus ou moins réagir la justice. En parallèle encore, la société civile s’est, elle aussi, organisée : elle a mis en place des contrôles systématiques dans tous les points qui paraissaient clés pour tenter d’éviter, sinon les tentatives, du moins les conséquences de ce genre de délit : les mairies ont parsemé les promenades de blocs de béton, les immeubles se sont trouvés tout à coup garnis de vigiles, les aéroports (et d’ailleurs beaucoup moins les gares) ont installé toute une machinerie de contrôle qui permet en principe de filtrer tous ceux qui vont dans un avion moyennant une noria d’employés de sécurité et des délais d’embarquement devenus parfois prohibitifs (une heure de contrôle pour un vol d’une heure, c’est beaucoup, surtout s’il s’y rajoute une heure pour aller à l’aéroport.) A ce jour, le problème a été traité, sinon résolu à un coût que je n’ai jamais réussi à chiffrer, mais certainement conséquent.

Il n’est pas certain que le mépris que nous avons affiché ostensiblement vis-à-vis des terroristes ait eu une quelconque influence sur eux. Il y a bien longtemps que ces gens ont décidé qu’ils étaient nos victimes devenues pauvres pour raison de colonisation. Je pense profondément qu’ils le sont tout simplement restés faute d’avoir réussi à créer des sociétés politiquement équilibrées dans leur pays, ce qui est de leur responsabilité d’abord. Il n’est gravé nulle part que les Afghans ou les Syriens ou les Égyptiens, voire les Algériens, ne pourraient pas être capables d’installer des régimes raisonnablement justes et équitables, ce qui leur permettrait de participer au développement et à la richesse mondiale. Savez-vous à ce propos qu’à l’instant où je vous parle, la principale fierté des villageois Afghans est d’avoir résisté à « l’envahisseur russe », puis à « l’envahisseur américain », sans oublier l’ex-envahisseur britannique. Moyennant quoi ce pays est encore déchiré chaque jour par la guerre civile et les attentats, et les Afghans sont l’une des premières communautés migrantes vers l’Europe. On se demande d’ailleurs pourquoi ces gens veulent absolument venir habiter chez leurs anciens « envahisseurs » dans l’espoir d’ailleurs, pour le moment déçu, d’installer leur régime d’origine dans des pays d’accueil qu’ils ont choisis pour leur mode de vie différent.

Conclusion néanmoins : le terrorisme n’a pas été vaincu et ne le sera probablement jamais complètement. Il a été néanmoins très largement dilué. Bien entendu, 20 morts au Canada cette semaine ce n’est pas une bonne nouvelle, mais ce n’est rien à côté d’une pandémie qui provoque 200.000 morts.

Petite histoire des pandémies

J’en viens maintenant au Corona virus. Cette pandémie est loin d’être la première que le monde ait subie. Sans remonter aux calendes grecques, mais certaines épidémies historiques ont parfois tué la moitié d’une population, citons rapidement la grippe espagnole (1918–1919) entre 20 et 30 millions de morts en Europe et 50 dans le monde ! La grippe asiatique ou H2N2 (1956–1957 ») 2 à 3 millions de morts dans le monde, dont 100.000 en France, la grippe de Hong Kong (1969) 1 million de morts dans le monde et 31.000 en France… on pourrait encore citer Ebola ou le SIDA, il ne manque pas de candidat.

A la vue de ces chiffres il est clair que le Corona virus est un bon candidat et qu’il joue dans la cour des grands. Pour bien nous fixer les idées, rappelons-nous que pour la France aujourd’hui il s’agit d’un peu plus de 20.000 morts, que la canicule en 2019 en aurait coûté 19.000 et qu’une grippe hivernale classique un peu solide comme celle de 2014, en a coûté 14.000. Il faudrait vérifier dans tous les cas la mortalité globale sur le début de l’année 2020 comparée à la mortalité habituelle et à l’évolution de la population pour valider ce que le Corona virus a d’exceptionnel. On s’apercevrait peut-être que le nombre de morts supplémentaires est à peine égal à celui des accidents de la route, lesquels ont d’ailleurs baissé pendant cette période.

L’inversion du traitement des pandémies : la santé d’abord

Une autre question importante qui se pose est le mode de traitement des pandémies. Jusqu’à maintenant, de fait, on traitait les pandémies à la façon de Charlie Hebdo type 1. On ne fait rien de spécial, on se protège un peu, on soigne les gens malades en recherchant des solutions médicales ; pour le reste « business as usual ». C’est encore comme cela qu’on a traité la grippe aviaire (H1N1) en 2014, voire le SIDA.

Depuis cette époque quelques données ont changé : tout d’abord notre perception de la mort. Elle est en quelque sorte sortie de notre vie et est devenue inacceptable donc d’un prix infini. Nous avons fait de gros progrès en médecine et nous savons mieux soigner : il est tout de même tentant d’utiliser ces progrès ; troisièmement nos sociétés sont devenues tellement riches qu’elles sont capables, soit d’indemniser les gens, soit d’encaisser des à-coups économiques d’une manière qui a priori paraît facile. Enfin les politiques ont pris l’habitude d’intoxiquer le peuple à coup de bonnes nouvelles : annoncer une épidémie n’est pas franchement payant sur le plan électoral.

Sans le vouloir, ni en être parfaitement conscient, au lieu de gérer les pandémies comme d’habitude, c’est-à-dire en laissant tourner la machine économique et en gérant les dégâts collatéraux sur la santé et la morbidité, nous sommes partis sur une nouvelle voie qui consiste à tenter de gérer la pandémie d’abord en fonction des résultats de santé escomptés, quitte à détériorer le fonctionnement économique habituel, transformé ipso facto en simple conséquence. Assez vite derrière, le fonctionnement social et politique de nos sociétés s’en trouve modifié car contre une pandémie, inconnue par construction, qui frappe sans avertissement et dont on ne sait manifestement pas, même au bout de presque six mois, par quel bout l’attraper, il n’existe qu’une seule recette de santé historique, immédiate et connue : l’éloignement et le confinement. C’est la « quarantaine » que nos ancêtres avaient imaginée avec une grande perspicacité, faute de mieux.

L’économie se vengera

La composante que nous avons mal intégrée, c’est que la quarantaine d’autrefois, qui concernait le plus souvent un simple bateau ancré en rade, transformée en confinement de 6 milliards d’êtres humains, de plus mondialisés, risque de devenir un remède plus grave que la maladie qu’elle est censée soigner. Le problème est que le confinement détruit l’économie, laquelle, encore plus qu’avant, est basée sur l’échange et la division du travail. Le déconfinement de plus, pour des recherches évidentes d’efficacité, emprisonne la liberté de l’individu dans des liens de plus en plus serrés et pose crument la question de son rapport à la collectivité et à la mort.

Un mois de production de la France, c’est 8% de son produit intérieur brut. Nous n’avons pas tout arrêté mais nous n’en sommes pas très loin. Deux mois, durée officielle du confinement actuel, c’est 16%, peut-être 8 comme nous le prédisent nos meilleurs Cassandre actuels, mais ils sont probablement encore optimistes. Il faut de toute urgence remettre la France au travail, même et y compris au prix d’un certain risque pour la santé sous peine de guérir un pays économiquement tombé dans le coma et ceci malgré les règles et les cris : il y va de notre survie [1].

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[1Au Brésil ou en Indes, pays où l’économie s’est arrêtée d’un seul coup dès le lendemain du confinement, les populations fragiles meurent de faim en 2020 ! et aux USA, on fait la queue devant les soupes populaires.

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