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Comprendre le sévère jugement de la Commission Européenne sur l’économie française

Par Claude Sicard,
le lundi 2 mars 2020

Comme chaque année, la Commission européenne a analysé les performances économiques de chaque pays de l’Union. Elle félicite la France pour « la résilience de sa croissance » malgré un climat général plutôt dépressif, et elle note fort justement que cette croissance est soutenue par « une demande intérieure solide ». Néanmoins, elle déplore que notre pays ne parvienne toujours pas à réduire ses dépenses publiques, et elle classe finalement la France dans le groupe des pays dits en « déséquilibre macro-économique », groupe où figurent aussi le Portugal et l’Espagne.

C’est, effectivement, la demande intérieure, dans notre pays, qui soutient la croissance du PIB, mais cela n’est pas sans rapport avec les dépenses publiques, et celles-ci ne sont pas sans rapport, non plus, avec l’endettement du pays. La France, en somme, soutient sa croissance, une croissance qui demeure toutefois modeste, en recourant chaque année à l’endettement. Il n’y a donc pas antinomie entre les deux phénomènes, mais, bien au contraire, relation de cause à effet. Le rapport de la Commission loue la croissance et désapprouve, en somme, la manière dont celle-ci est entretenue.

Quel est donc ce fameux « déséquilibre macro-économique » dont souffrirait la France ? Il semblerait bien que les observateurs de la vie économique de notre pays peinent à l’identifier, et le rapport de la Commission européenne n’en donne d’ailleurs pas l’explication. C’est fort regrettable, car cela éclairerait nos gouvernants sur les mesures à prendre pour remédier au mal qui est diagnostiqué.

La corrélation production industrielle-PIB/capita

Il faut, pour expliquer le déséquilibre macro-économique de l’Economie française détecté par Bruxelles, en revenir avant tout, nous semble-t-il, à la liaison très étroite, existant aujourd’hui, dans les pays, entre leur production industrielle, lorsqu’on la mesure en valeur réelle, c’est-à-dire quantitativement (production industrielle par personne), et leur niveau de richesse. La corrélation est extrêmement étroite, comme le montre le graphique ci-dessous :

Corrélation Production industrielle/tête - PIB/tête (US$)

Dans cette corrélation les données ont le mérite d’être homogènes : les productions industrielles sont calculées par habitant (variable explicative) et les niveaux de richesse sont indiqués, aussi, par habitant, selon les données de la BIRD. La France a aujourd’hui une production industrielle relativement faible, résultat de la grave désindustrialisation dont souffre le pays : l’industrie n’intervient plus que pour 10 % dans la formation du PIB, alors qu’il devrait s’agir de 20 %. La France est le pays le plus désindustrialisé de tous les pays européens, la Grèce mise à part. En conséquence, le niveau moyen de richesse des habitants est relativement limité, notre pays se classant au onzième rang seulement en Europe, en matière de PIB/tête.

Des dépenses sociales croissantes pour soutenir le niveau de vie de la population

Pour parer aux effets d’appauvrissement de la population résultant de la désindustrialisation de plus en plus grande du pays, les pouvoirs publics se sont vus contraints de soutenir le niveau de vie de la population par des dépenses sociales croissantes. Le tableau ci-dessous indique quelle a été leur progression depuis 1959 :

Les dépenses sociales en France (En % du PIB)
1959 15,0 %
1980 20,0 %
2018 34,1 %

En Suisse, par exemple, on en est à seulement 16,0 %, mais le PIB par tête des Suisses, il est vrai, est le double du nôtre.

Il y a, en effet, une corrélation entre le taux d’industrialisation des pays et leurs dépenses sociales, comme le montre le graphique ci-dessous :

Corrélation production industrielle/PIB et Dépenses sociales/PIB

On voit sur ce graphique que plus les pays sont industrialisés, moins leurs dépenses sociales publiques sont importantes.

Des dépenses publiques record, aujourd’hui, du fait de dépenses sociales très élevées

Les dépenses sociales croissant d’année en année ont pris de plus en plus de place dans les dépenses publiques, et celles-ci ont donc augmenté à vive allure au point d’atteindre aujourd’hui 56,4 % du PIB, ce qui place notre pays en tête de tous les pays développés. En 1980, nous en étions seulement à 34,6 % du PIB. On notera qu’en Allemagne il s’agit de 43,9 % du PIB, et aux Etats-Unis de 37,7 %. Lorsqu’on fait des comparaisons internationales, en tenant compte du niveau de richesse des pays (variable explicative), on découvre que nos dépenses publiques sont supérieures de 19,0 % à ce qu’elles devraient être normalement.

La France devenue championne des pays développés, en matière de PO (prélèvements obligatoires)

Des dépenses publiques particulièrement élevées conduisent inévitablement à une pression fiscale sur le pays très élevée : là aussi, donc, notre pays se trouve en tête de toutes les nations développées, ce qui asphyxie l’économie du pays.

Une trop forte correction des inégalités de revenus

Par le niveau particulièrement élevé de la fiscalité qui est le sien, la France corrige fortement les inégalités de revenus de sa population. Les couches sociales appauvries par la fonte de notre secteur industriel, sont soutenues par des dépenses publiques très importantes. L’indice de Gini permet de mesurer les inégalités de revenus dans les pays, et de faire des comparaisons internationales : plus l’indice de Gini est élevé, plus grandes sont les inégalités. Les graphiques ci-dessous indiquent comment se situe notre pays :

Corrélation PIB/tête et indice de Gini
Corrélation PO/PIB et indice de Gini

La France a aujourd’hui un indice de Gini très faible, du même ordre que celui des pays nordiques réputés pour leur lutte contre les inégalités : la France est à l’indice 0,295, le Danemark se trouvant, lui, à 0,29, et la Suède à 0,28. Les pays très inégalitaires en sont à des indices de 0,6, comme c’est le cas de la Bolivie ou de l’Afrique du Sud par exemple.

Avec le niveau de PIB/tête qui est le sien la France devrait en être à une un indice de 0,33 seulement : elle est donc en avance dans son combat contre les inégalités. On voit que, du fait que l’abaissement des inégalités s’obtient par l’accroissement des prélèvements obligatoires (PO), le souci par trop poussé de lutter contre les inégalités qui existent dans notre pays, conduit à des prélèvements obligatoires bien plus élevés que ne le justifierait la seule nécessité de combattre les effets de la désindustrialisation.

Les prélèvements obligatoires extrêmement élevés que connait le pays s’expliquent donc par cette double exigence à laquelle les pouvoirs publics doivent répondre : palier les dégâts causés à la population par le déclin de l’industrie dans notre pays, et, en même temps, répondre aux fortes pressions du corps social pour réduire toujours plus les inégalités de revenus dans la société. Deux combats donc à mener simultanément, ce qui pèse beaucoup trop lourdement sur l’économie du pays. Il est vrai que dans la devise de la République figurent les mots « Egalité » et « Fraternité ».

La Commission Européenne à Bruxelles a diagnostiqué que notre pays souffrait de ce qu’elle a appelé un « déséquilibre macro-économique » : son diagnostic est exact, et le déséquilibre est extrêmement prononcé. Mais elle demeure muette sur les mesures à prendre, car c’est à chaque Etat qu’échoit la responsabilité de choisir les moyens à mettre en œuvre pour rééquilibrer son Economie et la dynamiser. Il reste donc, maintenant, à savoir comment remédier au mal dont souffre notre pays.

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1 réactions :

  • 1. Par Jacques Banville, le lundi 2 mars 2020 (10:38)
    Comprendre le sévère jugement de la Commission Européenne sur l’économie française

    Ce qui se passe dans le monde actuellement en ce moment, je veux parler bien évidemment du coronavirus, déstabilise bon nombre de grandes entreprises (approvisionnement des pièces, transport...)
    Certaines envisagent de rapatrier la production, jusqu’alors produite en Asie, en Europe, aux USA et peut être aussi en Afrique du nord.
    Une opportunité que la France devrait se saisir pour muscler son industrie chancelante...
    Le taux d’industrialisation pourrait remonter un peu.
    Pour ce faire, il faudrait que nos hauts fonctionnaires cessent de prendre ces entreprises ’’comme une source de financement de l’action de l’Etat par les recettes fiscales’’ Cette phrase est empruntée à l’excellent travail effectué par Mme Marey-Semper sur l’ENA.
    J’ose imaginer que ’Bercy’ pourrait accompagner cette transhumance ... mais il y a 600 énarques à
    convaincre. Pas gagné !

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