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BREXIT et si les Britanniques étaient le sel de l’Europe ?

Par Yves Buchsenschutz,
le dimanche 31 mars 2019

Si la France paraît aujourd’hui engluée dans un choix de société qu’elle n’arrive pas à faire, pas plus qu’à assumer, nous avons en parallèle la tristesse d’assister à une sorte de naufrage de notre voisin britannique dont il semble bien que le système politique soit aujourd’hui complètement à la dérive.

L’Europe a été l’espoir de la génération, celle des baby-boomers nés après la deuxième guerre mondiale, laquelle, grâce à elle probablement, a été la dernière entre cet ensemble de peuples qui a donné la lumière au monde mais au prix de convulsions millénaires.

La France et la Grande-Bretagne ont été pendant des siècles les ennemis « héréditaires » de l’Europe et se sont battus farouchement pour gagner la primauté, même si, parfois l’Espagne, voire la Hollande, ont pu contester ce classement. Il faut dire qu’ils étaient les pays les plus peuplés et les plus riches de cette pointe de terre terminant l’Eurasie. Ce n’est en fait que très récemment, depuis un siècle au plus, que l’Allemagne est devenue l’adversaire historique de la France avant d’en devenir l’alliée préférée.

Mon enfance a été bercée de la chanson « My Bonnie lies over the sea… » Et, nous devrions nous rappeler qu’en 1940, je crois, au plus fort des difficultés, Winston Churchill, alors Premier ministre de Sa Majesté a proposé à la France l’union pure et simple des deux nations.

Je voulais simplement dire aujourd’hui une immense peine et faire quelques remarques :

Oui la France, mais aussi l’Europe, a eu bien des difficultés avec la Grande-Bretagne. Leadership, rivalités, disputes, réconciliations. Rien n’a manqué à cette histoire entremêlée de nos deux peuples, y compris le célèbre « I want my money back ! » de Mme Thatcher. Il n’en reste pas moins que depuis l’Entente Cordiale et le début du XXe siècle la France et la Grande-Bretagne ont marché la main dans la main, pour le meilleur et pour le pire, association qui s’est depuis élargie à l’Europe.

Je suis désolé, mais je ne peux pas imaginer l’Europe sans la Grande-Bretagne de même d’ailleurs que la Grande-Bretagne sans l’Europe. L’Europe, sans la Grande-Bretagne, ratera son principal objectif, à savoir la création d’une entité multiculturelle (peu importe son nom) capable de rivaliser avec les grandes puissances de demain. Quant à la transformation de la Grande-Bretagne en un Singapour géant, je n’y crois pas non plus. On ne passe pas du statut de membre du Conseil de sécurité à celui de paradis fiscal. Et dans tous les cas nous aurions perdu ce qui a quelque part été le terreau de la révolution industrielle. Il manquera par ailleurs à l’Europe la culture britannique qui curieusement la quitte alors qu’elle en a profondément influencé la construction « libérale et sociale ».

Accessoirement, j’ai également du mal à comprendre pourquoi la Catalogne ne peut pas se séparer de l’Espagne et pourquoi la Grande-Bretagne pourrait se séparer de l’Europe. Il est clair que nous avons raté un certain nombre de choses dans la construction besogneuse de cet ensemble. De la même manière que les Français doivent choisir leur avenir, les Britanniques et les Européens doivent choisir le leur, lequel sera différent avec ou sans Brexit. Et j’aurais aimé, peut-être d’une manière différente mais tout de même, être consulté sur cette rupture : sans hésitation et quelles qu’en soient les difficultés, j’aurais voté pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Europe. Elle en fait partie et lui est nécessaire. Si le Brexit se termine en définitive par le départ de la Grande-Bretagne, M. Cameron pourra se vanter, pour des raisons d’ailleurs de basse politique nationale, d’avoir été le fossoyeur d’un des plus beaux projets de paix et de prospérité de notre époque.

Maintenant, une remarque. La Grande-Bretagne est un grand pays qui a immensément apporté à l’humanité et à la civilisation dans laquelle nous vivons. Sur le plan politique elle a de plus été le précurseur de fait des démocraties modernes. Le spectacle qu’elle offre actuellement dans cette incapacité, soit à renoncer au Brexit, soit à s’en accommoder en assumant ses responsabilités, est absolument désolant et indigne de la grande nation que nous aimons et admirions.

Il me semble que beaucoup d’Européens, sont de mon avis et devraient aujourd’hui s’exprimer : les Britanniques sont des gens parfois difficiles à comprendre, voire à supporter, mais ils sont quelque part le sel de l’Europe.

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3 réactions :

  • 1. Par gerard Tardy, le dimanche 31 mars 2019 (20:29)
    Vu de Londres

    Vivant á Londres depuis 21 ans , je vis avec surprise et tristesse cette période peu glorieuse Ceci dit, la manifestation des remainers était impressionnante et la passion a changé de camp. Finalement si la séquence : nouveau PM , nouvelles élections et référendum , s’enclenche, la GB peut nous surprendre de nouveau mais en bien. Le rêve européen fait de la résistance .

  • 2. Par Cavalier, le dimanche 31 mars 2019 (20:38)
    Le sel de l’Europe

    Rappel :
    L’UE à 27, n’est qu’une institution qui délivre une version frelatée de l’Europe. Au Conseil de l’Europe, fondé en 1949, à Londres précisément, il existe 47 Etats
    Cameron a eu l’honneur de se comporter en démocrate soucieux de consulter son peuple et non de lui imposer -comme à tant d’autres- un modèle politique, économique et social dont le peuple ne voulait pas. On ne peut pas en dire autant de la nomenklatura qui fait bloc pour empêcher le Brexit.
    La Grande-Bretagne a apporté à l’humanité parce qu’elle avait une personnalité et qu’elle exerçait son influence de façon souveraine.
    La puissance n’est pas une question de taille, mais de performance et de qualité : la Suisse comme la Corée du Sud ou Israël le démontrent tous les jours.
    Small is beautiful.

  • 3. Par Gilbert Claret, le lundi 1er avril 2019 (13:22)
    Et si la Grande Bretagne était le sel de l’Europe

    Franchement, je ne sais plus que penser. Le Brexit est-il bon ou mauvais :
     pour la Grande Bretagne ?
     l’Union Européenne ?
     la France ?
     l’Europe au sens large ?
    La question dépasse l’entendement tant les considérants sont multiples.
    En définitive, c’est à la Grande Bretagne de décider et le reste du monde s’accommodera de sa décision, chacun à sa façon, en fonction de ses intérêts et de ses objectifs politiques. Et le monde continuera ainsi sa course.
    Ce qui devient fatigant est cette incapacité des britanniques à savoir ce qu’ils veulent, sachant qu’il ont néanmoins voté pour le Brexit.

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